Dès les premiers jours de décembre 2009, les médias ont commencé à parler des problèmes de dette de la Grèce. Après plusieurs plans d’aide et prêts temporaires afin que le gouvernement continue d’exercer ses fonctions, l’étape ultime approche. Une restructuration d’environ 66 % du total de la dette souveraine de la Grèce détenue par le privé. Les banques, les compagnies de fonds communs, les assureurs sont priés de céder sur une dévaluation majeure des obligations grecques.
La demande de Nicolas Sarkozy
Après une autre rencontre avant la fin de 2011 sur les problèmes de dette qui affectent la zone euro, le président français demandait au secteur privé de faire sa part pour aider la Grèce, avec une proposition qui remettra sur pied les finances et l’économie grecques. Le secteur privé, selon M. Sarkozy, devrait contribuer à alléger de 50 % sa part de la dette grecque. Sur les 200 milliards qui sont en possession des différents intervenants financiers européens, on demande d’ajouter 100 milliards de pertes à leur bilan.
Les négociations qui sont en cours actuellement aboutiraient à environ 70 % de pertes pour le secteur privé, à la demande de la Grèce. La Grèce demande que les 100 milliards qui sont dû d’ici quelques années soient reconduits dans un nouveau prêt sur une période de trente ans, avec un taux fixe aussi bas que 3,5 %.
Les détenteurs de la dette grecque refusent pour le moment, jugeant que la perte est trop importante. Leur justification semble juste, puisque au départ, M. Sarkozy et ses collègues dirigeants européens parlaient de 50 % de pertes.
La faillite est-elle inévitable, pour la Grèce?
Pour ma part, je considère que la Grèce est déjà en état de faillite. Mais les dirigeants européens et américains veulent éviter à tout prix le défaut de paiement qui pourrait se manifester en mars. Une échéance de paiement de 14,9 milliards d’euros doit être respectée par la Grèce, mais le pays n’a pas l’argent pour honorer son obligation. Ce défaut de paiement rendrait officielle la faillite et déclencherait le paiement d’une série de produits dérivés rattachés à la dette grecque, que l’on appelle les CDS (credit default swap).
Les institutions se protègent entre elles avec ce genre d’assurance sur un défaut de paiement. Cette procédure s’applique couramment dans le milieu financier.
Le danger concernant une faillite officielle de la Grèce se situe dans le nombre de contrats de CDS qui relient les institutions financières européennes. Les institutions financières américaines, cinq banques, qui produisent ces formes de contrats (CDS) veulent éviter que les banques et les institutions européennes — soit 450 institutions dans le cas de la Grèce — doivent payer les contrats et encaissent les pertes sur le déclenchement des CDS et provoquent une réaction en chaîne incontrôlable au niveau des finances mondiales.
En ce qui a trait aux produits dérivés, il y a une notion d’effet de levier qui relie le produit et la dette. Par exemple, la dette totale de la Grèce, qui avoisine les 300 milliards d’euros, entraînerait des paiements sur CDS de 4 à 6 fois le montant de la dette. Les institutions financières européennes n’ont pas les fonds nécessaires pour absorber ces pertes.
Conclusion
Une restructuration de cette ampleur n’est nulle autre qu’une faillite déguisée. La Grèce applique des plans d’austérité sévères, et ses recettes d’État fléchissent. Incapable de boucler son budget, elle a besoin d’un respirateur artificiel, fourni par la zone euro. Une sorte de cercle infernal. Et l’Italie, l’Espagne et le Portugal appliquent le même remède…
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